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Gérard Miller face à... Harlem Desir

Harlem Désir
" Dans une autre vie, j'aurais pu être batteur "

 

Beaucoup ignorent que vous êtes député socialiste au Parlement européen. Sos-Racisme vous colle encore à la peau ?
Au regard de ma vie de militant, Sos n'a pourtant été qu'un moment. Je militais avant, je milite depuis, mais c'est vrai qu'on me renvoie souvent à cette époque-là.

Harlem Désir ! Votre nom a sans doute contribué à marquer les esprits.
Harlem est un prénom quelque peu provocateur, que mes parents m'avaient donné en référence aux révoltes du mouvement noir américain. Certains pensaient d'ailleurs que c'était un pseudonyme. Je me souviens que ma grand-mère, elle, ne voulait pas m'appeler Harlem quand j'étais petit. Elle s'inscrivait du côté métropolitain de la famille et préférait m'appeler Mimi, ou utiliser mon deuxième prénom, Jean-Philippe. J'ai refusé net. C'était plus banal, mais j'aurais peut-être été plus tranquille.

Vous regrettez de ne pas avoir pris un pseudonyme !
Non, pas du tout, mais qui sait ? j'aurais peut-être dû le faire. Et j'aurais peut-être dû également être blanc ! Si je m'étais fait appeler Jean-Paul Durand et si j'avais été blanc, on se souviendrait moins que j'ai été président de Sos-Racisme, et on s'intéresserait peut-être davantage aux dix ans que je viens de consacrer aux questions européennes, qui nous concernent tous.

Est-ce que vous acceptez le reproche qu'on fait à Sos-Racisme d'avoir été trop médiatique ?
Ce qu'on peut reprocher à la " sur-visibilité " de Sos, c'est surtout d'avoir masqué tout un foisonnement d'associations qui, au même moment, faisaient un travail extraordinaire sur le terrain. Ce n'était bien sûr pas notre objectif, mais c'est vrai que Sos a été parfois vécu comme hégémonique. Quand on est militant de base, qu'on anime une association, et qu'on voit surgir telle une comète un phénomène médiatique qui monopolise la parole, on trouve bien évidemment que c'est injuste, parce qu'on fait soi-même un travail tout aussi important. Ce que je regrette, c'est que des gens aient eu le sentiment, pendant un certain temps, que nous avons étouffé leur voix.

Avez-vous fait depuis vœu d'anonymat, comme d'autres vœu de chasteté ?
La notoriété m'a pesé, parce que c'est aussi une forme d'esclavage, mais mon choix n'a pas été pour autant celui de l'anonymat. En passant à l'action politique, j'ai voulu simplement prendre ma place dans un combat, au même titre que les autres.

Qu'est-ce qui vous encombre le plus dans l'engagement qui occupe maintenant votre vie depuis trente ans ?
Disons une certaine brutalité. S'engager, c'est décider qu'il est plus important d'aller soutenir tel camarade, qui est candidat au fin fond de la Bourgogne, que de fêter l'anniversaire d'un copain. S'engager, c'est passer beaucoup de temps à s'occuper de causes générales, plutôt que de prêter attention à sa famille ou à ses amis.
Et à quoi la politique vous a-t-elle fait carrément renoncer ?
Quand j'étais au lycée, j'avais la passion de la musique et je faisais de la batterie avec un groupe de copains. De temps en temps, quand j'assiste aujourd'hui à un concert, je regarde le batteur et je me dis : " Peut-être, dans une autre vie, j'aurais pu être là. "

 


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