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Gérard Miller face à... Arielle Dombasle

Arielle Dombasle
"La vieillesse, je l'ai déjà vécue"

 

Quelle petite fille étiez-vous ?
J'ai l'impression d'avoir eu une enfance jusqu'à 10 ans, jusqu'au jour où j'ai perdu ma mère. Après, c'est un no man's land, un morceau de vie qu'on m'a arraché, que j'ai enterré et que je n'évoque jamais. Jusqu'à l'âge de 18 ans, j'ai vécu au Mexique comme un être étrange, comme une proie qui essayerait de se soustraire à tous les regards.

Votre père était là, pourtant, vous ne pouviez pas compter sur lui ?
Mon père est né avec une cuillère d'argent dans la bouche. Sa vie était celle d'un aventurier, grand archéologue, grand collectionneur d'art précolombien, de femmes aussi. Pour lui, j'étais une créature annexe, anecdotique. Il est d'ailleurs resté un mystère jusqu'aux trois dernières minutes de sa vie, quand, par l'intermédiaire d'un père jésuite, nous avons parlé pour la première fois. Nous avons échangé quelques paroles magiques, qui se sont cristallisées autour de ses objets d'art, et j'ai alors pu lui dire que moi-même j'étais sensible à ces extraordinaires haches de pierre qu'il collectionnait - ce qu'il ne soupçonnait probablement pas.

Qu'est-ce qui vous a fait renaître à 18 ans ?
Un homme, le premier de ma vie, plus âgé que moi de 30 ans. J'imagine qu'il a réussi, lui, à me faire rester sous son regard. Etre sous le regard d'un homme ! Après tout, n'est-ce pas la position idéale que je vis aujourd'hui, puisque sous le regard de Bernard-Henri, la passion de ma vie ?

Et sous le regard de cet homme qui vous aime et que vous aimez, à qui vous identifiez-vous ?
J'aimerais bien qu'on me perçoive comme un être lisse, comme un statue impénétrable. Ce que j'aime dans la statue, c'est que, reflet d'une éthique, elle semble invulnérable, parfaitement accomplie. C'est en quelque sorte l'image même de l'immortalité. A moins de la briser avec un marteau, elle traverse les siècles.

Arielle Dombasle, comme la comtesse de Cagliostro, a donc trouvé le secret de l'immortalité…
Je crois que les gens n'ont qu'un seul âge, toute leur vie. Moi je suis la femme de trente ans, je l'étais déjà enfant, je le serai toujours - c'est mon âge.

Je vous crois, même si votre miroir, de temps en temps, doit bien vous susurrer : "Tu as vieilli."
Quand je me regarde dans un miroir, comme tout le monde, je peux me dire que j'ai les yeux cernés, par exemple. Mais ce n'est pas ça que je vois. Je vois si je suis en accord avec moi-même, en accord avec cette statue intérieure qui me porte, et c'est cet accord-là qui compte. Je pense que cette statue sera plus forte que le temps. Et puis j'ai déjà vécu un âge beaucoup plus avancé que le mien, lorsque je suis devenue, à un moment donné, la mère de ma grand-mère. Elle est morte à 102 ans, à travers elle, à travers sa souffrance et l'amour que je lui portais, j'ai vécu à l'avance toutes ces petites choses du corps qui se dérèglent - on voit moins bien, on n'entend plus, on a du mal à faire tel ou tel mouvement. Vous voyez, je suis en avance sur certaines choses et en retard sur d'autres ! Je dois revivre mon enfance et mon adolescence, qui m'ont été soustraites, mais la vieillesse, elle, je l'ai déjà vécue.

 


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j'aurais du