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Gérard Miller face à... Pierre Doris
 

Pierre Doris :
« J’ai toujours aimé dire des choses horribles »


 

Est-ce que cela vous manque de ne plus monter sur scène ?
Non, je n’ai plus rien à faire dans ce métier. Quand je regarde la plupart des humoristes que le public aime, je les trouve nuls. Quelquefois, je me demande : « Ne serais-tu pas jaloux ? » Mais non, c’est tout simplement qu’ils ne me font pas rire. Ils s’agitent, ils foutent le bordel sur les plateaux de télé — ce n’est pas de l’humour, c’est du vent. Je ne suis pas sûr qu’un Raymond Devos réussirait à sortir aujourd’hui.

De très nombreux comiques vous ont allègrement pillé, à commencer par Coluche. Vous leur en voulez ?
Non, je m’en fous. A l’époque, déjà, je n’y faisais pas attention, je fonçais, je jouais dans quatre ou cinq cabarets le même soir, je ne regardais pas autour de moi. Coluche, c’est vrai, était tout le temps là. Il embringuait sur mon travail, mais avec intelligence. Des histoires courtes que je racontais, il en tirait un sketch, pour arriver à une chute, lamentable parfois. C’est d’ailleurs le grand défaut des jeunes humoristes : ils font trop long, et quand le type qu’ils ont en face n’est pas trop con, il a trouvé la chute avant qu’ils n’y arrivent.

Est-ce que vous preniez plaisir à être à la fois drôle et méchant ?
Disons que je trouvais bandant de voir les gens faire la gueule. J’aimais dire des choses horribles, être le premier à franchir des limites. Comme à l’escrime : faire mouche ! Mais le premier critère, c’était que ce soit drôle.

Sur quoi porte aujourd’hui votre principal regret ?
Sur mon passé d’homme, je n’en suis pas fier. Quand j’étais jeune, j’étais partant pour toutes les femmes qui passaient, je cavalais sans arrêt. Cela rejaillit maintenant sur mon couple, c’est très douloureux. Je me suis mal conduit avec mon épouse, et elle ne le méritait pas. Il faut dire que le métier se prêtait à ça ! Je travaillais dans des boîtes où, au milieu des meneurs de revues, les femmes se promenaient à poil, ce n’était pas possible de résister.

Dans ces boîtes, il y avait des jolies filles, mais aussi des truands, non ?
Bien sûr, et les patrons de cabarets, eux-mêmes, étaient souvent des bandits ! Quand je suis arrivé à Marseille, je suis tombé sur les Guérini. J’ai commencé à déconner, ça les a fait marrer et j’ai été sacré. Du coup, ils m’ont protégé, parce que ceux qui n’étaient pas sacrés, ils les raccompagnaient illico à la gare ! Un jour, à Tunis, je n’arrivais pas à toucher mon cachet, et j’ai donné un coup de fil à des voyous du coin, amis des Guérini. Ils sont venus, ils ont ouvert le coffre du mec qui voulait m’arnaquer et ils m’ont payé. Bon, ils se sont payés aussi…

Vous ne regrettez pas d’avoir eu moins de succès que bien d’autres humoristes ?
Certainement pas. Prenez Desproges ou Coluche, ils sont morts tous les deux ! Quand les gens ont trop de succès, ils sont marqués, la vie les coince, la mort les appelle. Quand on est moins connu, on vit jusqu’à mon âge, 87 ans. On se fait chier, d’accord, mais plus longtemps.



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