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Gérard Miller
face à... David Douillet
David
Douillet
" Je me croyais capable de tout supporter "

Vous dites-vous parfois que vous avez sacrifié votre jeunesse ?
Bien sûr. Quand on choisit à 11 ans d'avoir une vie d'ascète, avec ce qu'elle
comporte de sclérosé et de végétatif, on se prive de tout ce qui fait le
charme de la jeunesse, à commencer par son insouciance. C'est un vrai regret,
que je vivais déjà comme tel à l'époque, quand je retrouvais mes copains le
lundi matin et qu'ils me racontaient leur week-end passé à faire la fête. Moi
qui étais resté comme un imbécile dans ma chambre, à me coucher de bonne
heure, à me lever tôt parce que j'avais une compétition le matin, je me disais
: " Tu perds quelque chose que tu ne retrouveras jamais ". Et en effet, je ne
l'ai jamais retrouvé.
Pour autant, est-ce que vous avez le sentiment d'avoir été trop dur avec
vous-même ?
Oui, parce que je me suis longtemps cru capable de tout supporter. Mon
leitmotiv, c'était : " Tu dois en faire plus que les autres. " Quand les autres
arrêtaient l'entraînement, je restais toujours cinq ou dix minutes de plus,
quitte à avoir des étourdissement, à ne pas pouvoir marcher. Aujourd'hui, je le
regrette. J'ai un dos de vieillard, un coude qui ne fonctionne pas normalement,
tout mon corps est douloureux. Chaque matin, quand je me lève, j'ai mal. Tous
les jours, je paye.
Vous n'aviez pas de signaux d'alarme, qui s'allumaient pour vous mettre en garde
contre vous-même ?
Par fierté, je ne voulais pas les voir. Vous savez, quand on continue, par
exemple, de s'entraîner avec des entorses à répétition, c'est qu'on est un peu
fou !
Vous iriez jusqu'à parler ici de masochisme ?
Mais tous les sportifs de haut niveau, qui pratiquent un sport physique et
dur, sont des masos ! Ils sont obligés d'aimer souffrir. D'ailleurs, quand je ne
souffrais pas, je n'avais pas l'impression de travailler.
Quel rapport entreteniez-vous donc avec votre corps pour ainsi le maltraiter ?
C'est clair, quand j'étais jeune, je ne l'aimais pas. Il n'était pas comme
les autres, il m'encombrait. Je me voulais moins grand, moins volumineux, moins
épais. Quand j'étais môme et que je me voyais dans une glace, j'avais
l'impression de voir un étranger. Je trouvais que mes pensées ou le son de ma
voix ne correspondaient pas à ce que j'avais devant moi dans la glace. C'était
étrange cette impression d'habiter un corps qui ne correspond pas à ce qu'on
imagine être. Il y a des sportifs qui sont narcissiques et qui modèlent leur
corps comme un objet idéal, comme une sculpture vivante. Moi, c'est exactement
l'inverse. Mon corps ne m'apportait que des ennuis, grâce au sport je lui ai
trouvé une utilité, je lui ai donné un sens.
Au final, de vous ou de lui, lequel a gagné la partie ?
C'est lui, puisque j'ai été obligé d'arrêter ma carrière, après les Jeux
Olympiques de Sydney. A 31 ans, je n'en pouvais plus, j'étais au bout du bout.
Cela dit, si je l'avais un peu plus écouté avant, sans doute aurais-je pu
continuer.
Et aller aux Jeux de 2004 ! Compte tenu de ce qui se passe dans votre catégorie…
… j'aurais pu être une troisième fois champion olympique, c'est vrai. Mais il ne
faut surtout pas que je me le dise, sinon je deviens vraiment fou !

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j'aurais du
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