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Gérard Miller
face à... Michel Drucker
Michel
Drucker
"Je suis plutôt bien dans la souffrance"

On dirait que
vous ne voulez surtout pas qu’on pense du mal de votre père. Et pourtant, quel
tyran domestique vous décrivez !
Oui, mais il y avait dans sa tyrannie de l’impatience plus que de la violence.
Lui était persuadé d’être un très bon père et ne se rendait pas compte qu’il
concentrait toute son énergie, toutes ses attentions sur l’extérieur, sur ses
malades — c’était un médecin comme on n’en fait plus — et ses conquêtes, car
c’était aussi un séducteur. Je l’ai sans aucun doute beaucoup aimé, même s’il
ne s’en est jamais rendu compte.
Il était
convaincu que vous ne vous en sortiriez pas et vous avez longtemps porté la
croix de ce funeste pronostic.
Dans une famille comme la nôtre, le diplôme
c’était sacré, et moi, comme j’avais à l’école un véritable blocage qu’aucun
prof ne réussissait à lever, je suis entré très vite dans la vie active. Comment
mes parents, qui avaient le goût de l’excellence, auraient-ils pu imaginer que
je tracerais mon sillon sans être plus cultivé et brillant que les autres, et
comment aurais-je pu, du moins pendant un long temps, ne pas en être persuadé
moi-même ?
A la dureté de
votre père, depuis votre plus tendre enfance, vous avez opposé cette
gentillesse, aujourd’hui légendaire, et qui était une échappatoire.
Ma gentillesse ! Elle m’a poursuivi toute ma
vie ! Intimidé par mon père à la maison, complexé par mon inculture, j’avais
toujours besoin de faire plaisir aux autres, j’avais besoin de leur parler
doucement, dans un climat de confiance. Plus tard, à la télévision, j’étais
d’une telle timidité que je n’osais évidemment pas bousculer ceux que
j’interviewais, et je me disais que j’apprendrais beaucoup plus d’eux avec un
ton affable qu’avec un ton inquisitorial.
Doux avec les
autres, mais cruel avec vous-même. Pourquoi avoir choisi comme sports le vélo et
la natation sinon pour souffrir ?
C’est très vrai, je suis plutôt bien dans la
souffrance, et comme par hasard j’ai choisi les deux sports les plus durs et les
plus ingrats. La natation, c’est des longueurs et des longueurs de bassin, et le
Ventoux, en plein été, quand on fait du vélo comme j’en fais, c’est l’Everest !
Mais bon, j’ai appris la souffrance très tôt, ne serait-ce qu’à l’école ou au
service militaire, et je l’ai désormais domestiquée dans ma vie quotidienne.
Ce qui ne vous
empêche pas de passer des heures dans le cabinet des médecins pour vérifier que
tout va bien…
Oui, j’ai besoin qu’on s’occupe beaucoup de mon
corps. Je le raconte dans mon livre, j’ai passé toute mon adolescence à vomir. A
la télévision, les premiers temps, c’était un calvaire : insomnies, ulcère à
l’estomac, zona, troubles du rythme cardiaque, j’ai tout connu. Aujourd’hui
encore, j’ai besoin d’une alimentation très particulière, je suis vite en
hypoglycémie…
Et vous avez un
nom pour désigner ce complexe tableau clinique ?
Je crois que je souffre d’une maladie dont je ne
me guérirai jamais : l’anxiété chronique.

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j'aurais du
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