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Gérard Miller face à... Franck Dubosc

Franck Dubosc
"J’ai eu longtemps honte de mon passé"

 

Comment avez-vous vécu les premières années de votre vie ?
Avec détachement. Je me disais toujours : « Un jour, tu seras heureux», sans me rendre compte que je l’étais déjà. Du coup, vivant dans le futur, je suis passé à côté de mon enfance. Sur ce plan, je n’ai pas beaucoup changé. Je pars en vacances avec ma caméra et c’est à mon retour, quand je les vois en film, que je trouve mes vacances réussies. Pour ma vie, c’est pareil.

Enfant, y a-t-il quelque chose que vous n’aimiez pas en vous ?
Oui, je me trouvais trop bien élevé, pas assez à la mode. J’aurais aimé être un peu plus voyou. Délinquant, ça ne me disait rien du tout, mais j’avais l’impression que les filles, elles, étaient attirées par les rebelles gentiment vauriens, pas par les petits garçons à lunettes et les dispensés de gym. Pourtant, rebelle, je savais que je ne le deviendrais jamais — je n’en avais pas le courage.

Acteur débutant, vous avez connu le succès à 20 ans, en jouant dans un film de Michel Lang. Votre vie a changé du jour au lendemain ?
Disons que pour la première fois, j’existais. Pas pour tout le monde, bien sûr, mais c’était déjà pas mal. Ce que j’enviais des autres, je commençais à moins l’envier puisque, moi aussi, j’avais ma petite part de succès. Je me suis dit : « Voilà, il y a donc quelque chose en toi qu’on peut regarder. »

Cela dit, vous avez dû ensuite attendre encore 20 ans pour devenir cette fois vraiment célèbre !
Oui, mais je n’ai pas senti l’attente, je n’ai même pas eu l’impression que c’était long. Pendant des années, j’ai vécu avec des projets. Il y avait un type que je croisais régulièrement et qui, à chaque fois, me promettait qu’on allait tourner un film ensemble. Ce n’était pas une vedette, c’était un mytho, mais il a nourri mes espoirs de redevenir connu et, du coup, il m’a donné la force de continuer. Il m’a permis de patienter et s’il m’appelait aujourd’hui, je serais encore assez naïf pour le croire.

Qu’est-ce que vous regrettez le plus dans votre vie ?
D’avoir laissé partir mon père convaincu que j’avais honte de lui. Il n’avait pas tort à 100%, pendant longtemps j’ai été gêné par le milieu très populaire qui était le mien. D’ailleurs, quand j’allais à mes premiers casting, pour ne plus penser aux HLM de la banlieue de Rouen d’où je venais, je m’habillais beau, et le jour où on m’a dit : « Toi, Franck tu viens du 16ème », j’étais tellement fier que j’ai répondu oui. Je vis depuis avec cette fêlure d’avoir eu honte de mon passé.

Pourquoi, justement, n’avoir pas parlé de cette « fêlure » à votre père ?
On se parlait peu, on était tous les deux très pudiques. Et puis au moment où il nous a quittés, je commençais tout juste à me sortir de ça. Alors, quand il me disait, avec plein de sous-entendus : « Toi, forcément, tu fais du cinéma… », je n’avais pas encore les épaules pour lui prouver que je  n’étais plus le même. Bien loin d’avoir honte de lui, j’en étais désormais fier, mais il est mort sans le savoir.

 


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