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Gérard Miller face à...
Michel Duchaussoy
Michel Duchaussoy
« Je
suis devenu rebelle sur le tard
»

Flic, clochard,
VRP, prêtre, psychanalyste… Vous passez votre vie à brouiller les cartes.
Est-ce qu’il y a un rôle qui vous identifie néanmoins aux yeux du public ?
Sans doute celui que je joue dans le film de Chabrol, Que la bête meure.
Comme il repasse régulièrement à la télévision, les gens me voient en père
triste et vengeur, ce qui ne correspond guère à ma personnalité.
Acteur
protéiforme, vous avez le sentiment de pouvoir tout interpréter ?
Certainement pas. Je connais mes limites, je sais qui je suis. Je ne suis pas
grand, je n’ai jamais eu le physique d’un séducteur, il y a des rôles que je ne
peux pas jouer. Lors de mon entrée à la Comédie Française, on m’a rapporté les
propos de Maurice Escande : « On va engager Duchaussoy, puisqu’il a eu des
prix d’excellence, mais il n’a rien à faire dans la maison. Il sera ridicule
avec une perruque et il ne pourra pas tenir une femme dans ses bras. »
Du coup, comment
expliquez-vous la formidable carrière que vous avez faite ?
Ce qui m’a aidé, c’est d’avoir été considéré tout de suite comme un
passe-partout. A la Comédie Française, on me donnait le rôle du cinquième cadet
dans Cyrano de Bergerac, mais si, trois semaines plus tard, l’acteur qui
jouait Clitandre dans Les femmes savantes tombait malade, on me disait :
« Pas de problème, tu le remplaceras demain. »
Si je comprends
bien, vous êtes devenu un grand acteur en passant par la petite porte ?
Et j’aime beaucoup les petites portes ! Je me souviens de ce que m’avait dit un
jour Fernand Ledoux : « Si tu veux durer, ne joue jamais un rôle inoubliable. »
Pour jouer le plus longtemps possible, ce à quoi j’espère bien arriver si Dieu
me prête vie, il ne faut pas que le public soit parasité par vos précédents
rôles. Je me demande souvent comment aurait vieilli Gérard Philippe s’il n’était
pas mort. Serait-il devenu Raimu ? Je ne le crois pas.
Vive Dalio ! Vive
Carette !
Oui, parce que c’est passionnant d’être le « moteur » du premier rôle, comme
Dalio l’est par exemple pour Gabin dans La Grande Illusion. Je
serais incapable d’être Don Juan ou Ruy Blas, autant être Philinthe ou Iago.
Vous savez qu’Orson Welles, dans le Troisième homme, n’apparaît
que 9 minutes à l’écran ! Eh bien, sans me comparer un seul instant à Welles,
c’est ça que je souhaite faire.
Y-a-t-il tout de
même un rôle que vous regrettez d’avoir accepté ?
Je regrette d’avoir dit oui à Pierre Dux, quand il m’a demandé de jouer un jeune
premier romantique dans Il ne faut jurer de rien. J’étais à côté de la
plaque, très mauvais, et cette aventure me fait encore mal aujourd’hui. Je sais
que j’ai fait cette erreur parce que j’ai été trop longtemps obéissant ! Mon
éducation me portait à ne pas dire non, à écouter mes aînés comme si, eux aussi,
ne pouvaient pas se tromper. J’ai changé depuis, mais il me bien avouer que je
suis devenu rebelle… sur le tard !

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