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Gérard Miller face à... Mireille Dumas

Mireille Dumas
" Je n'ai jamais osé parler du handicap à la télévision "

 

Si Mireille interrogeait Mireille et lui disait : " Vous qui avez perdu votre père à l'âge de trois ans… "
Elle lui répondrait que c'est le plus grand regret de sa vie. Mais c'est maintenant, les années passant, que je m'en rends compte. Quand j'étais adolescente, je n'y pensais même pas, j'avais comme effacé cette disparition. Plus tard, je me suis aperçu qu'inconsciemment, tous mes premiers films, ne tournaient qu'autour de ça : la recherche du père !

L'insatiable besoin que vous avez d'interroger les autres est, pour vous, lié à cette absence ?
Comme aucun dialogue n'a eu lieu avec mon père, je le recrée, c'est certain. Je suis sans cesse dans le pourquoi, mais aussi dans le comment. Comment chacun mène-t-il sa vie ? Comme réussit-on à s'en sortir ?

Dans vos reportages, dans vos entretiens, vous semblez aussi très intriguée par la maternité.
Oui, peut-être l'absence d'enfants est-elle pour moi un regret. Je dis peut-être, parce que je fais partie des femmes qui ne se sont jamais physiquement dit : " J'ai envie de porter un enfant ". Jamais. S'il y a un regret, il serait d'ordre intellectuel. Ce serait plutôt le besoin de transmettre, de donner à d'autres. Je me suis beaucoup occupé d'Antoine, mon beau-fils, qui était un enfant différent et réclamait beaucoup d'attention. Mais il y a sans doute quelque chose qui me manque d'une construction familiale plus vaste.

Est-ce qu'il y a un film que n'avez jamais tourné et qui, lui aussi, vous fait défaut ?
J'avais très envie de tourner en Italie avec Lino Ventura. J'étais partie avec Bedos en Algérie, avec Sapritch en Turquie, mais quelques mois après m'avoir donné un accord de principe, Lino est mort. Cela reste l'un de mes grands regrets professionnels. Parce que c'était lui, mais aussi parce que c'était l'Italie, le pays de ma mère et de mes grands parents. Vous le constaterez comme moi : quand je formule un regret, c'est le plus souvent lié à une disparition !

Vous semblez parler à la télévision sans tabou. Y-a-t-il cependant des sujets que vous n'avez jamais oser aborder ?
Il y a un sujet que je n'ai jamais abordé, c'est celui du handicap. Je trouve que c'est un vrai sujet de fond, mais quelque chose m'arrête, qui est bien évidemment en rapport avec Antoine. Lui m'en a souvent parlé, me demandant même que je le filme. Mais cela me touche de trop près et, depuis des années, je ne fais que tourner autour.

Est-ce que la télévision comble aujourd'hui tous vos désirs ?
Non, ma vraie passion c'est l'écriture, et elle me manque. Il faut dire que, là encore, il y a une histoire familiale ! Mon père avait écrit un livre qu'il n'a jamais publié, et à sa mort, ma mère m'a légué son manuscrit en m'interdisant de le lire avant ma majorité, parce qu'on y parlait de la guerre. Une nuit je me suis levée et je l'ai lu - j'avais une douzaine d'années. .Quatre ans plus tard, ma mère s'est décidé à lever son interdiction et j'ai ressenti, à ce moment-là, une honte absolument insensée. Bizarrement par rapport à ce père qui n'avait jamais publié et à ce livre que j'avais lu en cachette, j'ai eu un blocage, qui persiste encore aujourd'hui, sur l'écriture.

 


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j'aurais du