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Gérard Miller
face à... Anny Duperey
Anny Duperey
"Je suis la survivance du désir de ma mère"

Lorsque je vous ai proposé cet entretien, vous m'avez immédiatement dit : "Il
y a vraiment quelque chose que j'aurais dû faire dans ma vie." De quoi
s'agit-il donc ?
De la peinture ! J'aime beaucoup le métier de comédienne, j'y suis à l'aise et
heureuse, mais ce n'était pas une vocation. Enfant, moi, ce que je voulais,
c'était " entrer en peinture ". Je le répétais sans cesse, comme d'autres
disent : " Je ferai plus tard le tour du monde. " C'est pour ça que j'étais
partie et, aujourd'hui encore, si j'avais une autre vie, c'est ça que je
ferais.
Pourquoi le destin ne vous a-t-il pas écoutée ?
A 14 ans, comme j'étais sur le point de redoubler une troisième fois ma
quatrième, ma tante, qui m'élevait, inquiète de me voir arrêter les études, m'a
emmenée chez un conseiller d'orientation. C'est lui qui a suggéré que je fasse
du théâtre. Je n'y aurais jamais pensé moi-même !
Vous regrettez parfois qu'on vous ait quelque peu forcé la main ?
Absolument pas, et ce d'autant moins que j'ai tout de suite été portée par une
force, par une puissance, que je soupçonne maintenant être le désir de ma propre
mère. Ma mère est morte quand j'avais huit ans. Ses parents tenaient un cirque
et on m'a dit qu'elle n'avait jamais été aussi heureuse que lorsqu'elle pouvait
remplacer quelqu'un dans un numéro. Après, elle a voulu être photographe, c'est
comme ça qu'elle a rencontré mon père. Mais dès qu'elle a été enceinte, retour à
la maison et au tricot ! Eh bien, sa déception se lit sur les photos, une espèce
de mélancolie, la fin pour elle de toute perspective artistique - sans
fantasmer, je le vois sur son visage. Si un enfant peut être la survivance d'un
désir très fort qui le précède, je suis cet enfant.
Votre mère et votre père sont morts le même jour, dans des conditions
épouvantables que vous avez racontés dans Le Voile noir, et votre famille a
enseveli ce drame sous le silence.
Sous le silence et le mensonge. Pendant des années, on a fait croire à ma petite
sœur, à qui on ne voulait pas faire de peine, que nos grands parents étaient ses
parents.
Vous-même, comment vous représentiez-vous votre famille ?
L'arbre généalogique qu'on imagine habituellement debout, je le voyais à plat.
La disparition de mes parents était un événement si traumatique qu'il avait
effacé tout ce qui le précédait. Je n'avais plus de passé, plus aucun souvenir
de mes huit premières années. J'avais l'impression d'être née le jour de leur
mort.
L'arbre, vous l'avez néanmoins fait grandir, en ayant à votre tour des enfants.
J'ai adoré les avoir et les élever. Mais je n'attendais qu'une chose, c'est
qu'ils grandissent. Je n'aime pas l'état de dépendance et d'incertitude qu'est
l'enfance. D'ailleurs, quand il y a de jeunes enfants, s'il y en a une qui fait
un détour, c'est moi.
Et que pensent du Voile noir vos enfants, qui ont aujourd'hui une vingtaine
d'années ?
Ils ne l'ont toujours pas lu ! Comme s'ils avaient peur de savoir et d'être
touchés. Nous sommes très proches les uns des autres, mais cela me rend un peu
triste qu'ils ne me connaissent pas comme ils le devraient. J'ai voulu briser le
silence et, pour l'instant, eux, ils le reproduisent.

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j'aurais du
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