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Gérard Miller
face à...
Jean-Michel Dupuis
Jean-Michel Dupuis
" J’ai
l’orgueil de mon humilité "

Est-ce qu’il y a plus
particulièrement un auteur à qui vous devez votre carrière ?
Oui, La Fontaine. Avant de savoir que jouer m’était indispensable comme l’air
qu’on respire, je n’avais pas de vocation. J’étais même un adolescent angoissé
à l’idée de n’éprouver aucune nécessité. La révélation du théâtre m’est venue
par hasard, en entendant un professeur du conservatoire de Rouen réciter La
Cigale et la fourmi. J’ai été subjugué, ce fut un véritable coup de
foudre, un sentiment d’une violence inouïe qui bouleversa ma vie.
Et depuis trente ans, vous
collectionnez au théâtre les succès ! Cependant, si vous êtes devenu un acteur
populaire, vous n’êtes pas devenu pour autant un acteur médiatique.
C’est vrai. Je fais partie du paysage, je suis perçu comme un acteur cohérent et
constant, beaucoup de gens viennent au théâtre parce que je suis dans la
distribution, beaucoup d’autres me connaissent par la télévision, mais
l’envergure médiatique, c’est autre chose. On ne l’obtient qu’au cinéma, et dans
des films qui font des entrées. Je n’en ai jamais eu l’occasion.
Vous vous expliquez ce
phénomène ?
Je ne me l’explique pas, je suis fataliste, ce doit être mon chemin. Et puis il
y a aussi des acteurs dont la plénitude ou l’évidence se révèlent sur le tard.
Prenez par exemple Carmet ou plus près de nous Berléand. Dans les histoires que
les réalisateurs racontent, jusqu’à présent ils n’ont pas eu besoin de moi —
peut-être que je deviendrai intéressant pour eux vers la soixantaine !
Même
si vous n’avez jamais connu de traversée du désert, est-ce que vous regrettez un
tel « chemin » ?
Il m’arrive parfois de la regretter
pour des raisons artistiques. Il y a des projets personnels qui me tiennent à
cœur, telle pièce que j’ai écrite, tel scénario, et pour un acteur, en dehors de
son talent, c’est sa crédibilité médiatique qui conduit un producteur à prendre
éventuellement le risque de lui faire confiance et de s’engager dans l’aventure.
Mais à part ça, non, à aucun moment je ne me sens frustré.
Vos partenaires disent
toujours de vous beaucoup de bien. Vous n’êtes jamais en rivalité, même lorsque
l’un d’entre eux, sur scène, tire la couverture à lui ?
Si un acteur a la velléité d’agir ainsi, tant pis pour lui — moi, jamais de la
vie, je ne me lancerai dans une telle concurrence. D’abord, parce que ce n’est
pas mon tempérament, ensuite, parce que je trouve ça superflu. J’ai même une
technique, que j’ai toujours appliquée : « Moins on donne, plus je donne. »
Quelle modestie !
Non, je ne suis surtout pas modeste, j’ai d’ailleurs horreur de la modestie, que
je trouve toujours suspecte. J’ai l’orgueil de mon humilité. Quand on a le
privilège de jouer des œuvres quelque peu exigeantes, si on ne va pas dans le
sens de l’histoire, de la restitution exacte, ça se retourne contre soi.
L’orgueil, c’est l’obéissance, c’est servir. Un acteur est jamais aussi dense,
que lorsqu’il est en harmonie avec ses partenaires.

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