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Gérard Miller face à... Elsa

Elsa
"A 30 ans, pourquoi devrais-je me justifier d'avoir vieilli ?"

 

Vous sortez d'un long conflit avec votre ancienne maison de disques. Au total, vous êtes restée huit ans sans faire d'album. Vous n'avez jamais été découragée ?
Barclay s'était séparé de Nougaro pour "absence de résultats". Alain Chamfort ou Jacques Higelin ont vu leur contrat ne pas être renouvelé. Comment continuer la musique quand on appartient à des multinationales pour qui l'artiste n'est qu'un produit ? J'ai été parfois découragée, bien sûr, je me suis même demandé si je n'allais pas faire autre chose. Mais quoi ? Je ne me connais pas d'autre passion. Alors, j'ai patienté, écrit, vécu, sans savoir si tout allait se démêler un jour. Et puis, voilà, je me dis maintenant que ça valait le coup d'attendre.

Sur la pochette de votre nouvel album, vous avez pourtant l'air bien sombre.
Je vous rassure de suite, j'aime sourire ! Mais sombre, je le suis aussi, en tout cas cela fait partie de ma nature de n'être pas toujours béate. Pour cette pochette, je ne souhaitais pas avoir un visage de madone, je ne voulais pas une photo de mode comme on en voit partout. Je voulais quelque chose qui cloche, j'aime chez les gens leurs failles. Cette marque noire sur mon visage, cela représente un peu toutes les claques qu'on reçoit dans la vie et qui vous laissent plus ou moins de traces.

A 19 ans, avec Douce violence, vous aviez déjà voulu vous éloigner de la petite fille sage de vos débuts.
A l'époque, c'était une crise d'adolescence prolongée ! Comme je gardais en effet une image un peu lisse, je voulais montrer à tout prix que j'étais devenue femme, c'était assez maladroit. Mais les albums correspondent à la période où on les écrit. J'ai aujourd'hui trente ans, De lave et de sève est de fait plus mature, plus mûr. Apparemment, cela ne semble pas évident puisqu'on me pose sans cesse la question. En permanence, je suis obligée de me justifier en disant que, comme tout le monde, j'ai vieilli. Ceux qui pensent que j'ai grandi d'un coup restent curieusement arrimés à la première partie de ma vie.

Votre père a été votre mentor, votre compositeur, votre producteur… C'est le premier album où il n'apparaît pas - il était temps !
Pendant longtemps, c'est vrai, j'ai eu l'impression de ne pas pouvoir exister sans lui. Quand on est une petite fille ou une adolescente, avoir son père à ses côtés, c'est un avantage, une protection, mais c'est aussi pesant. Il fallait bien, un jour, que je prenne confiance, que je me débrouille seule. Rompre avec lui était vital. A partir de 1994, j'ai commencé à m'investir davantage, à écrire, à faire un enfant, à devenir adulte. Comme tous les parents que leurs enfants quittent, je sais qu'il a ressenti un petit pincement au coeur, mais cela m'a finalement permis de le retrouver comme père.

Depuis cinq ans, l'homme de votre vie est footballeur. Vous avez fait très attention à ce qu'il ne soit ni musicien ni chanteur ?
Je n'ai rien calculé, c'est lui et pas un autre. Cela dit, ne faisant pas le même métier, il n'y a entre nous aucune concurrence, mais de l'admiration réciproque. Il est certain que c'est mieux comme ça.

 


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j'aurais du