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Gérard Miller face à... Erik Emptaz

Erik Emptaz
"J'ai pris du plaisir à plonger dans la noirceur humaine"

 

Il paraît que vous avez été excommunié. Quelle faute avez-vous donc commise pour mériter une telle sanction ?
Cela date de l'époque du Quotidien de Paris. Avec quelques confrères, nous étions allés nous accuser des divers péchés que visait alors une encyclique du pape Paul VI : masturbation, adultère, homosexualité... Puis nous avions publié le verbatim de la confession et un petit tableau, style 60 millions de consommateurs, avec en regard le péché et la pénitence qui nous avait été attribuée. Le scandale fut énorme et l'affaire remonta jusqu'au Vatican.

Rassurez-moi, vous avez été pardonné depuis ?
Nous avions été excommuniés pour avoir trahi le secret de la confession, confession qui, pourtant, était la nôtre. Or ce genre d'excommunication, nous nous étions renseignés auprès de " vaticanologues ", peut être pardonné par une nouvelle confession. Je ne me suis pas confessé depuis, mais il n'est jamais trop tard !

Sévissant au Canard Enchaîné depuis 25 ans, de quoi d'autre vous êtes-vous rendu coupable ?
Au final, de pas grand chose. Il peut arriver, bien sûr, qu'on blesse quelqu'un et c'est toujours regrettable, pour n'importe qui, d'être cité dans une affaire, Mais on fait très attention de ne pas être méchant gratuitement. Notre ancien directeur, Roger Fressoz, avait l'habitude de dire : " Des faits, nom de Dieu ! " Quand les faits sont précis et avérés, on est irréprochable.

Mais quand, néanmoins, vous vous trompez, vous battez toujours votre coulpe ?
Quand on se plante au Canard, on a une règle, c'est le " pan sur le bec " - on rectifie ! La tradition veut même qu'on offre une tournée générale. S'agissant de nos erreurs, les lecteurs sont d'ailleurs très vigilants. Le jour où, dans un article, j'ai parlé de " septennat " au lieu de " quinquennat ", il n'y a pas eu mort d'homme, mais j'ai reçu trente-cinq lettres.

Pour un bon mot, est-ce que vous seriez prêt à " tuer père et mère " ?
Certainement pas. Le mardi, quand, de façon collégiale, on cherche les titres du journal, tout le monde s'amuse et ça fuse de partout. Mais si un bon mot frôle l'attaque physique ou l'atteinte à la vie privée, il reste entre nous.

A vous écouter, si mesuré et respectueux des autres, on se dit que vous ne ressemblez en rien aux sombres personnages de votre livre. Qu'est-ce qui vous a donc attiré sur leur radeau ?
J'ai voulu comprendre comment des gens ordinaires, anodins, pouvaient devenir des salauds, et comment des salauds, en toute bonne conscience, pouvaient justifier leurs saloperies. C'était fascinant et, je l'avoue, j'ai pris du plaisir à plonger ainsi dans la noirceur humaine. L'adversité est toujours révélatrice. J'ai vu des gens que je croyais sûrs se conduire comme des lâches, être paralysés de peur, par exemple, devant la maladie d'un proche, et j'en ai vu d'autres, au contraire, se révéler.

Vous-même, vous savez comment vous réagiriez devant le pire ?
Je me pose souvent la question sans être sûr d'en connaître la réponse. Est-ce que je me conduirais bien ou mal ? Avant que la situation ne se présente dans sa brutalité même, qui peut vraiment le savoir ?

 


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j'aurais du