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Gérard Miller face à... Jean-Paul Enthoven

Jean-Paul Enthoven
"Je blanchis sans cesse mon passé"

 

Quand on vous lit, on se dit que vous mettez un point d’honneur à rester… un « non dupe ».
Oui, un « non dupe » de toutes les religions : celles de la politique, du sentiment, des idéologies… Incrédule, j’observe les cirques collectifs avec circonspection, et je préfère, de beaucoup, me réfugier dans des affinités plus restreintes. Mallarmé disait : « passant prudent, je me gare ».

Même lorsque vous évoquez votre propre vie, vous jouez au chat et à la souris !
Bien que je n’aie rien de grave à me reprocher, j’ai toujours essayé de m’affranchir de mon passé, de le blanchir comme on blanchirait de l’argent sale. Henry James avait coutume de distinguer entre les « once born » et les « many times born ». J’appartiens résolument à la seconde espèce. J’ai du plaisir à me réserver une vie où, en romancier, je me donne la permission de renaître plusieurs fois.

Comme le titre de votre livre le laisse entendre, le « meilleur » est-il derrière vous ?
En vérité, je me suis toujours demandé quand commence le « reste de la vie ». Et à partir de quel moment on atteignait ce point de l’existence où l’on a déjà rencontré les humains qui auront le plus d’importance, déjà lu les livres qui influenceront le mieux, déjà vu les paysages ou les tableaux les plus décisifs… C’est à ce moment-là, quand on sait que tout n’adviendra désormais qu’à titre de répétition, que commence ce « reste de la vie ». Et ce moment, en effet, je ne peux l’envisager que comme un été en pente douce, puisque le « meilleur », c’est ce qui recélait encore de l’inédit.

Est-ce pour cela que vous êtes devenu écrivain sur le tard : pour continuer à vous épater vous-même, l’âge venant ?
Si j’avais eu, en moi-même, une haute certitude, j’aurais aimé, bien entendu, être écrivain tout de suite. Mais la vie est un metteur en scène facétieux, qui contraint aux détours. On commence par écrire pour des journaux, puis on allonge sa foulée, on apprivoise les mots, et on désacralise enfin l’écriture afin de s’y sentir « autorisé ». Être écrivain, c’est une liberté qui se conquiert.

Le sujet de votre roman, c’est aussi Bernard-Henri Lévy. Quelle place occupe-t-il, au juste, dans votre Panthéon ?
Pour moi, Bernard – dont j’admire le talent et le courage – est d’abord un compagnon absolu. J’aime qu’il soit, comme il l’est, un grand artiste de sa propre vie. Et notre amitié, je l’ai toujours vécue comme une faveur de l’existence.

Ce « roman » qu’est votre vie, aura-t-il une fin heureuse ?
La fin – de quoi que ce soit – est toujours mélancolique. Et si vive que soit mon aptitude à l’allégresse, je sais que le roman d’une vie finit mal, puisqu’il finit… Mais, en attendant, il n’en faut pas moins donner au bonheur l’envie de se poser sur notre épaule. Dans une lettre célèbre à Balzac, Stendhal parle de « la chasse du bonheur ». Car le bonheur est chassé, bien sûr, mais il est aussi un chasseur dont on doit s’efforcer, chaque jour, de devenir le gibier.

 


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j'aurais du