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Gérard Miller
face à... Jean-Baptiste Eyraud
Jean-Baptiste Eyraud
co-fondateur
et porte-parole du DAL (Droit au Logement)
"Je ne suis pas plus dur que l’abbé Pierre"

Qu’est-ce que se dit le militant que vous êtes, quand
il apprend à la radio qu’un incendie meurtrier, une fois de plus, a tué à
Paris des mal-logés ?
Il se dit qu’il connaissait à coup sûr plusieurs des familles touchées et
qu’il lui faut immédiatement les retrouver pour les soutenir dans une épreuve
aussi terrible. C’est son premier réflexe.
Il ne se dit pas qu’il est lassant de n’être jamais
écouté par les pouvoirs publics ?
Il en a, hélas, l’habitude ! Prenez le Conseil National de l’Habitat, on est
deux à s’y relayer pour le Dal. A chaque fois, on constate que les bailleurs
privés veulent faire de l’argent et que les bailleurs sociaux ne veulent pas
loger uniquement des pauvres. Résultat : les derniers servis sont toujours les
plus démunis, qui récupèrent ce que leur laisse le marché immobilier : les
taudis, et de temps en temps un logement social.
Alors que rien ne vous y obligeait, pendant plusieurs
années, vous avez habité dans un squat, avec des mal-logés. Militantisme ou
rédemption ?
Au départ je venais juste les aider à ouvrir la porte, à s’installer, à remettre
l’eau, l’électricité… Pendant 10 ans, j’avais travaillé comme charpentier et
décorateur de théâtre. Mon expérience était plutôt associative — maisons de
quartier, animations… On m’a demandé de rendre service et si je suis finalement
resté avec eux, c’est que, tout à coup, ça ne m’a plus semblé possible de les
abandonner. Aujourd’hui, j’ai trois enfants et je n’imaginerais pas squatter à
nouveau. Mais, à l’époque, j’étais disponible.
Est-ce que vous ne regrettez pas, parfois, d’avoir une
image bien plus radicale que celle de l’abbé Pierre, qui mène pourtant le même
combat que vous ?
Mais l’abbé Pierre, c’est un dur ! Il y a chez lui une très forte capacité
d’indignation et de révolte… Je me souviens des occupations qu’il a faites avec
nous, croyez-moi, il ne venait pas pour bénir les petits enfants. Il venait pour
que l’occupation soit maintenue.
On vous a proposé la Légion d’honneur et vous l’avez
refusé — ce n’est pas un signe d’intransigeance ?
La République honore qui elle veut, mais pour l’instant elle n’a pas honoré les
mal-logés. Vous savez, je ne suis pas dans une posture « révolutionnaire ».
Vouloir que chacun ait un vrai logement, c’est vouloir quelque chose qui est à
la portée de notre société. Cela dit, il y en a qui s’assagissent en
vieillissant ou qui prennent la place de ceux qu’ils combattaient — moi non,
c’est une question de principe.
Depuis 1990, date de la création de votre mouvement,
quelle est la principale erreur que vous ayez commise ?
J’ai trop longtemps sous-estimé la capacité de mobilisation et d’initiative des
premiers concernés que sont les mal-logés. Tout notre noyau militant a été trop
longtemps dirigiste, comme s’il ne voulait pas que les mal-logés eux-mêmes
prennent les responsabilités. Aujourd’hui, on a appris à passer la main.

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