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Gérard Miller
face à... Claire Keim
Claire
Keim
"J’ai longtemps désespéré de moi"

Est-ce que
cela simplifie beaucoup la vie d’être jolie ?
Les gens vous sourient plus facilement, à l’adolescence vous avez sans doute
moins de complexes, mais d’entendre depuis que je suis toute petite :
« C’est à vous ces jolis yeux là ? », je n’ai jamais pensé que c’était un
atout ! En fait, j’ai eu longtemps l’impression de ne pas être à la hauteur,
comme si ce que j’étais ne correspondait pas à ce que j’avais envie d’être.
Petite fille,
pourtant, vous étiez déjà très douée en musique.
Oui, justement, tout le monde me le répétait, mais en ajoutant aussitôt que je
valais mieux que ce que je faisais. Et c’était vrai : j’avais une tendance à la
paresse, à la procrastination, je ne terminais jamais rien. Du coup, je me
vivais comme un gâchis et je me désespérais. Aujourd’hui, je me suis réconciliée
avec moi-même et j’arrive à m’accepter, mais le chemin a été difficile.
Quand avez-vous
commencé à vous aimer ?
Le jour où un de mes copains qui était chanteur dans un cabaret où s’arrêtaient
les routiers, près d’une sortie d’autoroute, a trouvé que j’avais une belle voix
et m’a demandé de l’accompagner. De m’apercevoir qu’il gagnait plus d’argent
quand j’étais à ses côtés et de découvrir dans le regard des gens que je n’était
pas qu’une jolie fille, ce fut une vraie révélation.
Des années plus
tard, et alors même qu’on vous connaît d’abord comme actrice, on dirait que
c’est la chanson qui a votre préférence.
Quand je chante, je suis complètement moi-même il n’y a aucun mensonge, aucun
jeu, aucune entreprise de séduction déformant la réalité. Un chanteur qui dit
« je » parle vraiment de lui, ce n’est pas toujours le cas pour un acteur. En
tout cas moi, je n’ai jamais autant l’impression d’être à ma place que lorsque
je chante sur une scène. Tout à coup, les choses deviennent parfaitement rondes
et je me retrouve dans ma vérité. Chanter est plus instinctif, plus évident,
moins douloureux.
Vous souffrez
beaucoup quand vous jouez la comédie ?
Disons que j’ai toujours l’impression d’y laisser une plume ou deux. Chaque rôle
me vampirise et pendant longtemps j’ai même été obligée de me martyriser
intérieurement pour chercher des émotions ! Cela explique pourquoi je me dirige
vers ce qui est pour moi le plus confortable, c’est-à-dire la chanson.
Lisa, le
personnage que vous interprétez dans Dîner entre amis n’a pas vos états
d’âme !
J’espère du plus profond de mon cœur qu’elle ne me ressemble pas, je serais
incapable de soutenir un mensonge avec une telle persévérance ! Cela dit, ce que
j’adore dans ce rôle, c’est la possibilité qu’il offre de lancer le public sur
une fausse piste, en opérant ensuite une véritable volte-face. Que Lisa, qui se
présentait au premier acte comme une victime, fragile et émouvante, soit vue au
final comme une folle furieuse, hystérique et castratrice, c’est à la fois
rigolo et valorisant pour une actrice. Manipuler le public, ça, j’adore !

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