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Gérard Miller face à... Bruno Masure

Bruno Masure
"J’aurais dû rester journaliste politique"

 

D’où vient votre passion pour le journalisme ?
Oh, elle vient de loin, de très loin même, mais son origine n’en reste pas moins mystérieuse, car mon père comme ma mère ne s’intéressaient absolument pas à l’actualité. A la maison, on a eu la télévision très tard et le seul quotidien que mes parents achetaient, c’était la Voix du Nord, pour être au courant des baptêmes et des enterrements. Et pourtant, moi, attiré depuis toujours par l’histoire contemporaine, j’ai le sentiment d’avoir appris à lire dans les journaux !

Quel est le premier événement politique qui a vous a marqué ?
Dien Bien Phû, en 1954. J’avais sept ans et, objectivement, aucun lien familial ou sentimental avec ce qui se passait là-bas. Mais je me sentais directement concerné par le sort des soldats qui se battaient en Indochine, comme un peu plus tard, par la guerre d’Algérie. A 11 ans, je passais mes journées à écouter Europe n°1 et je vivais à Alger 24h sur 24, comme si toute ma famille était sur place et risquait de mourir dans l’heure.

Somme toute, quand le petit Bruno, devenu grand, s’est installé un beau jour dans le fauteuil convoité du Vingt heures, c’était dans l’ordre des choses…
Franchement, je n’avais rien fait pour. Ce fut une expérience exceptionnelle, mais qui m’est tombée dessus par hasard, et je n’imaginais pas un instant qu’elle se poursuivrait sans interruption pendant treize ans. A l’époque, c’était un record absolu ! Cela explique pourquoi, quand on m’a gentiment poussé vers la sortie, je ne me suis pas roulé sur la moquette. Treize ans, la durée était raisonnable pour faire le tour de la question.

Au bout de combien de temps, après son éviction, se dissipe l’aura d’un présentateur du JT ?
A ma grande surprise, au bout de très longtemps. J’ai arrêté en 1997, mais il y a encore des gens pour me dire presque tous les jours qu’ils me regrettent. Il y en a même qui vivent sur une autre planète et croient encore m’avoir vu la veille présenter le Journal. Comme quoi, l’impression rétinienne dure des années.

Après le Vingt heures, est-ce que vous n’avez pas brouillé votre image et raté quelque peu l’aiguillage de sortie ?
Oui, sans doute. Ce qui est clair, en tout cas, c’est que j’aurais dû rester accroché au journalisme pur et dur, et notamment au journalisme politique,  où j’ai quelques compétences, sans aller me perdre sur TF1 pour une émission de vulgarisation scientifique qui n’a duré qu’un épisode, ou me retrouver de guingois chez Michel Drucker, dans Vivement dimanche.

En fait, vous n’êtes pas du tout  le joyeux luron qu’on imagine.
Exactement, et c’est ça qui est paradoxal. Pour beaucoup de gens, je suis le type qui aime bien dire des conneries, mais moi, si j’avais pu vraiment choisir le journal que je souhaitais faire,  il aurait été beaucoup plus sérieux, avec bien moins de faits divers, de sport, et davantage de politique étrangère, par exemple !

 


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