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Gérard Miller face à... Alain Plumey

Alain Plumey
Alain Plumey est le conservateur d’un des plus singuliers musées de Paris, ouvert 7 jours sur 7 jusqu’à 2 heures du matin : le musée de l’Erotisme, à Pigalle.
"Je ne suis plus un provocateur"

 

Est-ce que vous avez été un enfant « précoce » ?
Oui, parce que ma mère s’est retrouvée veuve avec trois gosses quand j’avais 8 ans et que j’ai dû devenir à cet âge-là l’homme de la maison. Je lui ai donné la main pour qu’elle survive à l’épreuve et tous les étés, par exemple, je partais travailler dans des fermes de l’Allier. Quand on arrivait sur les quais de la gare, je m’en souviendrai toujours, les paysans, comme des maquignons, nous tâtaient les mollets et les bras, et selon notre robustesse, nous casait dans de grandes ou de petites fermes.

A quel âge avez-vous quitté la maison familiale ?
Là encore très tôt, à 16 ans et demi. Ce n’était pas les Misérables, mais j’ai connu la faim et le froid, et j’ai dû tout de suite travailler dur pour survivre. Dans le même temps, comme la fille de l’administrateur du foyer où j’étais résident animait un cours d’art dramatique, j’ai découvert le théâtre…

Et le cinéma X des années 70.
Les hasards de la vie, je n’avais rien prémédité ! C’était le tout début des films pour adultes, on m’a proposé un casting, la curiosité m’a fait accepter, et puis les demandes se sont multipliées. On tournait au bout du monde, on était bien payés, bien traités, le milieu était clean, les rapports quasi familiaux. Je suis parti quand le cinéma X a commencé à dériver.

Au début des années 80 ?
Oui, avec l’arrivée de la vidéo, n’importe qui s’est mis à manier la caméra, et on a vu débarquer des individus qui ne ressemblaient en rien à ceux qui avaient initié le genre. La durée de tournage s’est réduite à une peau de chagrin, on est passé de petits scénarios gentillets à une représentation brutale de la sexualité, les drogues dures ont commencé à circuler — ce n’était plus mon univers. Cela dit, à un moment donné de ma vie, j’ai moi aussi été au bord du gouffre, à cause de l’alcoolisme, et j’ai vraiment mis du temps à m’en sortir !

Est-ce que vous vous pensez comme un provocateur ?
Sans doute l’ai-je été quand j’avais une vingtaine d’années. L’érotisme était à nos yeux révolutionnaire, on commençait à s’approprier notre corps, on voulait en être responsable et vivre sans tutelle. Mais j’ai très vite compris que la provocation est une attitude à la fois puérile et violente. Aujourd’hui, j’ai le plus profond respect, par exemple, pour ceux que choquent mon parcours, parce que je sais que chacun est structuré par les valeurs auxquels il croit.

Et aux visiteurs que choquerait également le musée dont vous êtes désormais le conservateur, que diriez-vous ?
Je dirais que ce n’est pas un hasard si les édiles ont vu d’un très bon œil l’ouverture de ce lieu culturel, qui a su réaliser, à travers ses collections permanentes et ses expositions temporaires, une réelle sublimation du thème de l’érotisme. Toutes les autorités y sont moquées, certes, mais c’est d’abord un îlot de rébellion contre la connerie et la morosité ambiante. J’espère qu’on y est avant tout sensible à l’humour dont nous faisons preuve.

 


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