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Gérard Miller face à... Agnès Soral

Agnès Soral
"Aujourd’hui vieillir me tente"

 

Avez-vous eu une enfance sereine ?
Joyeuse, certainement, sereine, non. Quand je suis née, mes parents avaient déjà un garçon et une fille, le choix du roi — j’ai tout de suite eu le sentiment de déranger. Je remarquais par exemple que la table de la salle à manger avait quatre côtés et qu’étant la cinquième de la famille j’étais assise à un angle, sur un tabouret. Ma place n’était jamais évidente, alors j’essayais le plus possible d’être serviable. Au final, je suis devenue une enfant… très utile.

A l’adolescence, qu’a représenté pour vous le théâtre ?
La liberté. J’ai toujours voulu jouer et en rencontrant pour la première fois, à 28 ans, ma grand-mère maternelle dont je ne savais rien, j’ai compris : elle aussi, avant la guerre, avait été comédienne, j’avais ça dans le sang ! Enfant, dès que j’ai pu marcher et ouvrir une porte, j’ai été dehors : j’adorais jouer dans la rue. Avec le théâtre, je me suis vraiment emparé de ma vie.

C’est Un moment d’égarement, tourné avec Jean-Pierre Marielle et Victor Lanoux, qui vous a rendu célèbre. Sex symbol à 17 ans, c’est un peu tôt, non ?
Et ça m’a joué des tours ! La séduction du personnage était telle que je me retrouvais sans cesse harcelée sexuellement. On croyait que j’étais pour de vrai une allumeuse et pour me protéger des autres qui ne voyaient en moi qu’un être désirable, j’ai développé une agressivité que je n’avais pas jusqu'alors. En plus, je me sentais coupable d’avoir un tel succès sans grands efforts. Tout ce que je gagnais, je le dilapidais en me disant : « Bien mal acquis ne profite jamais ! »

Quelques années plus tard, aux côtés de Coluche dans Tchao Pantin, vous avez dû être ravie de changer d’image !
Oui et non. Bizarrement, le public a adoré, mais la profession, elle, a été perturbée. Mon personnage de punk lui semblait trop sombre, elle a eu peur. Claude Berri, qui avait réalisé le film, me disait pourtant : « Ne t’inquiète pas, reste habillée comme ça, on va faire de toi l’égérie de ta génération. » J’ai peut-être eu tort, ma carrière aurait peut-être été plus explosive, mais j’ai refusé ce créneau qui ne me correspondait pas et où j’aurais été condamnée à rester une éternelle adolescente.

Vieillir, cela vous tentait ?
En tout cas, cela me tente aujourd’hui ! Mon rêve, c’est de travailler jusqu’à 80 ans et de ressembler à Suzanne Flon. Les rares fois où je l’ai rencontrée, j’ai été émerveillée par sa gentillesse, sa douceur, sa lumière.

Dans votre spectacle, on comprend vite que la maturité vous a changé…
Je ne le cache pas, j’ai été une grande amoureuse, « consommant » l’amour en passant très vite d’une histoire à une autre — j’en suis revenue. Suzanne Flon séduisait, mais ce n’était jamais sexuel. Eh bien, moi aussi, j’ai envie d’avoir un autre impact sur les gens. J’aspire au calme, à la joie, et c’est ça que j’ai envie de donner aux autres.

 


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j'aurais du