Comme vous le répétez à
chacune de vos émissions, vous pensez vraiment que « la télé est un
meuble » ?
Un livre s’achète en librairie, un film se voit au cinéma, la télé s’achète
chez Darty, entre une sorbetière et un grille pain. Télévision,
étymologiquement, c’est « voir à distance ». C’est noble et utile comme une
étagère qui porte des livres, pas plus, pas moins.
Et cependant, vous vous
pensez comme un « homme de télé » ?
Non, je me pense comme un journaliste à qui on a demandé de faire de la télé
et qui a dit d’accord. C’est pourquoi j’écris tous mes textes, à la
différence de la quasi totalité des hommes de télé qui s’entourent
d’auteurs. J’ai les réflexes d’un journaliste de presse écrite, qui fournit
seul à son journal un produit fini. Pour certaines rubriques, il m’arrive
même de faire le montage !
Adolescent, est-ce que
vous aviez envie d’être connu plus tard ?
Pas du tout, et d’ailleurs je ne suis toujours pas connu du grand public, ce
qui me convient très bien : je n’ai jamais eu d’ambition démesurée. Quand
j’ai commencé dans ce métier, contrairement à beaucoup, je n’avais aucune
revanche à prendre. A Actuel où j’ai travaillé pendant six ans, on
mettait parfois en couverture des gens qui se retrouvaient de fait, peu de
temps après, totalement inconnus — ça m’a aidé à relativiser. Quand on n’a
pas l’impression d’être arrivé au sommet, on ne tombe jamais de haut.
Comment un garçon aussi
convenable que vous a-t-il pu présenter le Journal du hard sur
Canal+ ?
Mon premier film X, je l’ai vu à 25 ans, mais je me suis souvenu de ce que
disaient mes parents, qui étaient tous les deux profs : les pays comme la
Scandinavie dans lesquels la pornographie est autorisée depuis longtemps
sont ceux où il y a le moins de viols. Même si ce n’est pas mon truc, je
vois le X comme un exutoire, et je le préfère à la violence.
A part le foot dont vous
êtes un spécialiste, qu’est-ce qui vous intéresse ?
Les choses vraies, la fiction ne m’intéresse pas. Un ministre qui dit une
bêtise me fera toujours plus rire qu’un sketch, et aucun film d’action ne
sera jamais aussi étonnant que les images bouleversantes des tours jumelles
qui s’écroulent. Si j’aime le foot, c’est pour ça aussi — on est dans le
vrai. Quand Djibril Cissé se blesse et ne va pas à la Coupe du Monde, c’est
sa vie, sa vraie vie. Et quel scénariste aurait imaginé Raymond
Domenech demandant en direct à sa compagne de l’épouser ? Dans vingt ans, on
en parlera encore !
Vous-même, vous vous
intéressez ?
Non, je
ne m’intéresse pas, je connais ma limite, je suis… une personne, pas un
personnage. Si Ruquier avait choisi six chroniqueurs comme moi autour de la
table, tout le monde se serait ennuyé. Je ne suis pas dans l’excès, je suis
trop neutre, trop mesuré. Ce qui est spectaculaire c’est l’ignorance, la
mauvaise foi — moi, j’ai toujours l’impression d’être objectif ! Disons que
je ne suis pas pittoresque, au sens latin du terme.