|
|
|
Mon Stress, Mon Psy
et Moi
Préface
Evidemment, il y a aussi le cas de ceux qui, comme Piem dans ce volume, viennent piétiner mes plates-bandes, en l'occurrence la découverte freudienne et ce que les psychanalystes appellent le " malaise dans la civilisation ". Comment diable me reconnaître ou reconnaître n'importe lequel de mes collègues dans l'étrange barbu à lunettes que le lecteur découvrira ici, de dessin en dessin, charcuter allégrement l'inconscient de ses patients ? Comment identifier chez les personnages de Piem l'un quelconque des névrosés, des psychotiques ou des pervers, auxquels je suis quotidiennement confronté dans ma pratique ? Comment même repérer un concept freudien ou un symptôme avéré dans le " stress " ou les " complexes " dont ce livre se repaît ? Eh bien, justement, c'est ça qui m'amuse : le méli-mélo piémiste, tout le contraire d'un exposé théorique, d'un point de vue partisan, un vaste capharnaüm semblable à celui des frères Loiseau dans le château de Moulinsart, l'imagination débridée d'un dessinateur qui, ayant traversé une bonne partie du XXème siècle, a entendu parler du divan sans jamais s'y frotter et en parle à sa façon, sans avoir de comptes à rendre à personne et encore moins aux psys. Dans ce livre, Piem fait sa psychanalyse, comme on dit " faire son cinéma ", et, à défaut d'avoir connu " l'association libre " des analysants, il laisse son crayon yoyoter dans la plus complète des libertés. Je l'avoue, cette gaieté iconoclaste m'épate. Car Piem, qui n'est plus un gamin le sait, il y a une malédiction qui plane, avec l'âge, sur les dessinateurs ! Bosc et Chaval se sont suicidés, Hergé et Franquin ont multiplié les dépressions, Peyo, à la fin de sa vie, ne voulait plus entendre parler des Schtroumpfs… Mais de tout cela comme du reste, Piem se moque et c'est vivifiant. Cela dit, il y a une dernière raison, peut-être la plus importante, qui explique le pourquoi de cette préface : Piem a connu Freud. En tout cas , il aurait pu le connaître, voire même faire une analyse avec lui, puisqu'ils ont été, un certain nombre d'années durant, des contemporains. Cela m'impressionne ! Rien que de penser que le petit Piem aurait pu prendre place dans les Cinq psychanalyses à côté du petit Hans ou de l'Homme aux rats… Car, c'est un fait qui reste pour moi inexplicable : plus le temps passe et moins je rencontre de gens qui auraient pu s'allonger sur le divan de Freud. Gérard Miller
| |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||